Financement participatif : l'essentiel est ailleurs

31 décembre 2020 crowdfunding

L’UFC-Que choisir a publié récemment un article appelant pouvoirs publics et régulateurs à mieux encadrer les pratiques des plateformes de crowdfunding, en particulier celles permettant de prêter de l

L’UFC-Que choisir a publié récemment un article appelant pouvoirs publics et régulateurs à mieux encadrer les pratiques des plateformes de crowdfunding, en particulier celles permettant de prêter de l’argent à des entreprises (crowdlending).

Cette publication a coïncidé avec la mise en liquidation judiciaire de la plateforme Unilend, son rachat par PrêtUp, et l’annonce par SmartAngels de l’abandon d’une partie de son activité.

La presse s’est emparée de ces annonces tandis que certains prenaient la défense des plateformes de financement participatif. A la lecture de ces différents articles, nous trouvions utile d’apporter notre point de vue et de mettre en perspective des problématiques trop peu abordées.

 

L’UFC-Que choisir est dans son rôle, qu’on le veuille ou non
Il est important de rappeler que l’UFC-Que choisir est dans son rôle lorsqu’elle alerte opinion et pouvoirs publics sur ce qu’elle estime être préjudiciable aux consommateurs.

Le fait que certains investisseurs diversifient leurs portefeuilles ou que les plateformes présentent des modèles économiques innovants ne sont pas des arguments opposables à l’association. En effet,  ils n’ont aucun caractère général et ne sont pas strictement relatifs à la problématique.

Le seul terme à déplorer dans la publication de l’UFC-Que choisir est - peut-être - celui de « spéculatif ». Les plateformes de prêt n’offrent pas d’espérance de gains dus à la hausse d’un quelconque actif. C'est pourtant ce qui définit la spéculation. Gageons que le rédacteur l’article de utilisait ce terme pour caractériser le risque induit par l’activité de prêt.

 

Un système qui n’a pas encore trouvé son équilibre
La reprise par les médias est en revanche plus problématique. Les éléments faisant la force du secteur lors de la publication des différentes études positives pour le crowdfunding lui font défaut dans le présent contexte. Nous parlons ici de l’amalgame entre différents métiers qui n’ont absolument rien à voir : collecte de dons, intermédiation entre prêteurs et emprunteurs, refinancement de projets immobiliers, structuration de levées de fonds ou titrisation de crédits à la consommation.

Toutes ces activités sont constituantes du financement participatif. Chacune implique pour les opérateurs des organisations, contraintes réglementaires et modèles économiques différents. Elles induisent également, pour leurs clients, des risques spécifiques à chacune.

Le risque de crédit est par nature différent d’un risque de perte en capital lors d’un investissement. Les publics ciblés par chaque segment de la profession sont différents, tout comme les espérances de gains attendus par les épargnants, philanthropes, contribuables assujettis à l’ISF, communautés de fans, etc.

Lorsque les chiffres agrégés sont bons, peu de questions concernant la viabilité des modèles économiques émergent. Lorsqu’ils sont mauvais, c’est l’ensemble des acteurs du secteur qui en pâtit, quelle que soit la stabilité de leur modèle d’affaires.

 

Une incompréhension fondamentale
De manière générale, une incompréhension des modèles économiques émerge à la lecture des différents articles que nous avons pu lire.

Fondamentalement, le modèle des plateformes de prêt n’a pas changé depuis les six dernières années. Les revenus des opérateurs proviennent d’une commission perçue sur le montant des crédits accordés par des particuliers à des entreprises. Il s'agit donc d'un modèle d'intermédiation standard.

Le point d’équilibre financier de ces acteurs économiques est atteint une fois que les montants de commissions couvrent les frais de fonctionnement. Ces derniers sont d’autant plus importants que les contrôles de risque et le suivi des projets sont rigoureux.

Si ce modèle comporte des défauts, ils existent depuis bien longtemps et n’ont été que peu mis en lumière par les commentateurs. Les médias sont généralement trop heureux de célébrer une levée de fonds plutôt que d’analyser de manière rigoureuse le mode de fonctionnement de ces nouveaux acteurs.

Loin de nous l’idée de réécrire l’histoire en disant que nous avions prédit la chute de tel ou tel. Nous souhaitons simplement rappeler que le système n’a quasiment pas évolué et que les faiblesses pointées du doigt aujourd’hui ne sont pas nouvelles. Elles auraient simplement mérité une prise de recul et une analyse un peu plus approfondie, et ne sont pas suffisantes pour discréditer l’ensemble du secteur.

 

Et si l'essentiel était ailleurs ?
Les chiffres et statistiques pourront toujours faire l’objet de querelles d’interprétation. Il est important de rappeler que le crowdfunding a particulièrement évolué ces dernières années. Le pivot des plateformes d’investissement vers le refinancement d’opérations immobilières, l’utilisation de cet outil par des grands groupes pour structurer et animer des réseaux existants, « digitaliser » des programmes de mécénat et de soutien à l’économie locale, mettre en avant leurs des actions de RSE ou des partenariats existants, tout cela montre son dynamisme.

L’utilisation des outils numériques dans un écosystème existant, chez EasyCrowd, est selon nous l’une des voies les plus intéressantes à explorer pour notre jeune industrie.

Et si les indicateurs de succès de ces nouveaux acteurs n’étaient pas uniquement basés sur les montants collectés, qui restent – et resteront longtemps - modestes comparés au secteur financier, mais sur la capacité de ces solutions à mobiliser, faire connaître, ou mettre en lumière des initiatives - grandes ou petites - qui auparavant passaient inaperçu ?

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Photo par rawpixel via Unsplash

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